Le niqab est-il obligatoire en Islam ?
Avant tout propos, nous relatons simplement les informations trouvées après quelques recherches et connaissances, nous vous glisserons tout de même les sources à la fin de cet article afin que vous puissiez faire vos propres recherches.
Cette question revient régulièrement et les réponses que l’on peut entendre semblent parfois contradictoires. Certaines femmes apprennent que la couverture du visage est obligatoire, tandis que d’autres apprennent que le visage et les mains peuvent rester découverts.
Il existe effectivement une divergence connue parmi les savants concernant la couverture du visage de la femme devant les hommes non-mahrams.
Qu’est-ce que le niqab ?
Le niqab est un vêtement permettant à la femme de couvrir son visage, généralement en laissant apparaître les yeux.
À ne pas confondre avec le hijab, qui, dans son sens religieux général, le hijab s’inscrit dans un ensemble de prescriptions relatives à la pudeur et à la couverture. Dans le langage courant, le terme « hijab » désigne souvent le voile couvrant notamment les cheveux, le cou et la poitrine.
Le niqab concerne plus spécifiquement la couverture du visage.
Et c’est précisément le statut de cette couverture devant les hommes non-mahrams qui fait l’objet de la divergence que nous allons présenter.
Quels versets sont au cœur de la question du niqab ?
Plusieurs passages du Coran sont étudiés par les savants lorsqu’ils abordent la couverture du visage.
Allah dit :
« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines […] »
Sourate An-Nūr, verset 31.
Allah dit également :
« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles […] »
Sourate Al-Ahzāb, verset 59.
La divergence ne vient donc l'interprétation des savants, le sens de l’expression « ce qui en paraît », la manière de comprendre le jilbab, ainsi que la façon de réunir ces versets avec les hadiths et les récits transmis des premières générations.
Premier avis : la couverture du visage est obligatoire
Parmi les savants contemporains ayant clairement défendu l’obligation pour la femme de couvrir son visage devant les hommes non-mahrams figurent notamment Cheikh ‘Abd Al-‘Azīz Ibn Bāz رحمه الله et Cheikh Muḥammad Ibn Ṣāliḥ Al-‘Uthaymīn رحمه الله.
L’avis de Cheikh Ibn Bāz
Cheikh Ibn Bāz considère que la femme doit couvrir son visage devant les hommes étrangers.
Il reconnaît explicitement l’existence d’une divergence entre les savants sur cette question, mais considère que l’avis qu’il juge correct est celui de l’obligation.
Parmi les textes qu’il invoque figurent notamment :
-
Sourate Al-Ahzāb, verset 53 ;
-
Sourate Al-Ahzāb, verset 59 ;
-
Sourate An-Nūr, verset 31 ;
-
ainsi que le récit de ‘Ā’ishah رضي الله عنها lors de l’affaire de la calomnie.
Dans ce récit, ‘Ā’ishah رضي الله عنها explique que Ṣafwān ibn Al-Mu‘aṭṭal رضي الله عنه la reconnut parce qu’il l’avait vue avant la prescription du hijab. Cheikh Ibn Bāz utilise notamment ce récit parmi ses arguments en faveur de la couverture du visage après la révélation des prescriptions relatives au hijab.
Concernant la parole d’Allah :
« et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît »
Cheikh Ibn Bāz retient notamment l’interprétation attribuée à Ibn Mas‘ūd رضي الله عنه selon laquelle ce qui apparaît désigne les vêtements extérieurs.
Il considère également que le visage constitue l’une des principales parures de la femme et qu’il doit donc être couvert devant les hommes non-mahrams.
Cheikh Ibn Bāz ne nie toutefois pas l’existence d’une autre interprétation : il mentionne lui-même que certains ont expliqué « ce qui en paraît » par le visage et les mains, mais il considère l’interprétation attribuée à Ibn Mas‘ūd plus conforme aux autres preuves qu’il retient.
Références :
-
Cheikh Ibn Bāz, Ḥukm taghṭiyat al-mar’ah li-wajhihā - Le jugement concernant la couverture du visage de la femme.
-
Cheikh Ibn Bāz, Al-adillah ‘alā wujūb taghṭiyat al-mar’ah li-wajhihā - Les preuves de l’obligation pour la femme de couvrir son visage.
-
Majmū‘ Fatāwā wa Maqālāt Ash-Shaykh Ibn Bāz, notamment 5/39.
L’avis de Cheikh Ibn ‘Uthaymīn
Cheikh Muḥammad Ibn Ṣāliḥ Al-‘Uthaymīn رحمه الله défend lui aussi l’obligation de couvrir le visage devant les hommes non-mahrams.
Il a notamment consacré à la question une épître intitulée :
Risālat Al-Ḥijāb
dans laquelle il rassemble les preuves du Coran et de la Sunnah qu’il considère comme indiquant l’obligation de couvrir le visage.
Un élément particulièrement important pour comprendre cette question est que Cheikh Ibn ‘Uthaymīn reconnaît lui-même l’existence de la divergence.
Il ne présente donc pas la question comme si aucun savant n’avait défendu l’avis contraire.
Il examine les arguments avancés et retient finalement comme plus fort l’avis selon lequel le visage doit être couvert devant les hommes non-mahrams.
Référence à consulter :
-
Cheikh Muḥammad Ibn Ṣāliḥ Al-‘Uthaymīn, Risālat Al-Ḥijāb.
Deuxième avis : le visage et les mains peuvent rester découverts
Il existe également un autre avis selon lequel le visage et les mains ne font pas partie de ce que la femme est obligée de couvrir devant les hommes non-mahrams, sous réserve du respect des autres règles relatives au vêtement et à la pudeur.
Parmi les savants contemporains connus ayant défendu cette position figure Cheikh Muḥammad Nāṣir Ad-Dīn Al-Albānī رحمه الله.
Et il est particulièrement important de présenter son avis entièrement.
L’avis de Cheikh Al-Albānī
Cheikh Al-Albānī considère que le visage et les mains ne font pas partie de la ‘awrah que la femme doit obligatoirement couvrir devant les hommes non-mahrams.
Il ne considère donc pas la couverture du visage comme obligatoire en elle-même.
Cependant, cela ne signifie absolument pas qu’il était opposé au niqab ou qu’il considérait la couverture du visage comme inutile.
Bien au contraire.
Cheikh Al-Albānī considère que la couverture du visage est préférable et recommandée.
Il a développé son avis notamment dans son ouvrage :
Jilbāb Al-Mar’ah Al-Muslimah fī Al-Kitāb wa As-Sunnah
dans lequel il étudie les preuves relatives au vêtement de la femme musulmane et défend notamment l’idée que le visage et les mains peuvent rester découverts.
Cheikh Al-Albānī faisait-il couvrir le visage aux femmes de sa famille ?
C’est ici qu’une précision particulièrement intéressante permet de mieux comprendre sa position.
Dans un enregistrement où il est interrogé au sujet de la couverture du visage, Cheikh Al-Albānī explique que les savants ont divergé sur le fait de savoir si le visage de la femme constitue une ‘awrah.
Il précise ensuite que, selon lui, le fait que le visage ne soit pas considéré comme ‘awrah ne signifie pas que sa couverture serait inutile.
Il affirme au contraire considérer que couvrir le visage est préférable.
Et il ajoute que cette pratique était appliquée auprès des femmes et des filles de sa propre famille, autant que possible.
Mais il apporte lui-même une précision essentielle :
il ne le faisait pas au titre de l’obligation, mais au titre de ce qu’il considérait comme recommandé et préférable.
La formulation correspondant davantage à sa propre parole est :
Cheikh Al-Albānī ne considérait pas la couverture du visage obligatoire, mais il la considérait préférable et expliquait mettre cette recommandation en pratique auprès des femmes et des filles de sa famille autant que possible.
Cela permet également de comprendre que la divergence entre Cheikh Al-Albānī et des savants comme Cheikh Ibn Bāz ou Cheikh Ibn ‘Uthaymīn ne porte pas sur la légitimité du niqab.
Ils divergent principalement sur son statut juridique :
Cheikh Ibn Bāz et Cheikh Ibn ‘Uthaymīn considèrent la couverture du visage obligatoire devant les hommes non-mahrams.
Cheikh Al-Albānī considère qu’elle est recommandée et préférable, mais non obligatoire en elle-même.
Le cas de Cheikh Al-Albānī permet donc de comprendre une nuance essentielle :
considérer le niqab non obligatoire ne signifie pas considérer qu’il est excessif, inutile ou dépourvu de fondement religieux.
Sur quelles preuves s’appuie l’avis permettant de découvrir le visage et les mains ?
L’un des textes centraux est à nouveau le verset 31 de Sourate An-Nūr :
« et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît »
Une interprétation rapportée notamment d’Ibn ‘Abbās رضي الله عنهما comprend dans ce qui peut apparaître le visage et les mains.
Cette interprétation est notamment rapportée dans le Tafsīr d’Ibn Kathīr.
Que rapporte Ibn Kathīr sur le verset 24:31 ?
Dans son commentaire du verset :
« et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît »
Ibn Kathīr رحمه الله rapporte plusieurs interprétations provenant des premières générations.
Il rapporte d’Ibn Mas‘ūd رضي الله عنه une interprétation selon laquelle ce qui apparaît correspond notamment aux vêtements extérieurs.
Il rapporte également, par une transmission venant d’Ibn ‘Abbās رضي الله عنهما, l’interprétation selon laquelle cela concerne :
le visage, les mains et la bague.
Pourquoi les savants arrivent-ils à des conclusions différentes ?
Une divergence juridique ne signifie pas nécessairement que l’un des deux groupes ignore les preuves de l’autre.
La divergence concernant le visage de la femme porte notamment sur :
-
l’interprétation de « ce qui en paraît » dans Sourate An-Nūr, verset 31 ;
-
l’interprétation du jilbab dans Sourate Al-Ahzāb, verset 59 ;
-
la portée de Sourate Al-Ahzāb, verset 53 ;
-
les récits concernant les femmes des Compagnons ;
-
l’authenticité ou la force de certaines transmissions ;
-
la manière de réunir les différents textes ;
-
la distinction entre ce qui est obligatoire et ce qui est recommandé.
Deux savants peuvent donc connaître un même texte et diverger sur la conclusion juridique qu’il implique.
Alors, le niqab est-il obligatoire en Islam ?
Il existe une divergence entre les savants concernant l’obligation de couvrir le visage de la femme devant les hommes non-mahrams.
Cheikh Ibn Bāz رحمه الله considère la couverture du visage obligatoire et s’appuie notamment sur les versets 53 et 59 de Sourate Al-Ahzāb ainsi que sur le verset 31 de Sourate An-Nūr et plusieurs récits de la Sunnah.
Cheikh Ibn ‘Uthaymīn رحمه الله considère également la couverture du visage obligatoire et développe ses arguments notamment dans sa Risālat Al-Ḥijāb.
Cheikh Al-Albānī رحمه الله, quant à lui, considère que le visage et les mains peuvent rester découverts et que leur couverture n’est pas obligatoire en elle-même. Il considère néanmoins la couverture du visage préférable, et expliquait appliquer cette recommandation auprès des femmes et des filles de sa propre famille autant que possible.
Ibn Kathīr rapporte par ailleurs, dans son tafsīr de Sourate An-Nūr 24:31, plusieurs interprétations transmises concernant l’expression « ce qui en paraît », notamment celle relative aux vêtements extérieurs et celle relative au visage et aux mains.
-
Notre objectif est de permettre à chacune de comprendre que derrière cette question existe un véritable travail d’étude du Coran, de la Sunnah, des paroles des Compagnons et des explications des savants.
Nous vous encourageons donc à ne pas vous arrêter à cet article.
Consultez les références citées ci-dessous, lisez les explications complètes des savants plutôt que des extraits isolés et, pour savoir quel avis suivre et comment l’appliquer à votre situation personnelle, rapprochez-vous d’une personne de science fiable et qualifiée.
Allah est plus Savant.
Sources et références pour aller plus loin
Le Coran
-
Sourate An-Nūr, verset 31.
-
Sourate Al-Ahzāb, verset 53.
-
Sourate Al-Ahzāb, verset 59.
Tafsīr
-
Ibn Kathīr, Tafsīr Al-Qur’ān Al-‘Aẓīm, commentaire de Sourate An-Nūr, verset 31. Ce commentaire rapporte notamment les différentes interprétations transmises concernant l’expression « ce qui en paraît ».
Cheikh ‘Abd Al-‘Azīz Ibn Bāz رحمه الله
-
Ḥukm taghṭiyat al-mar’ah li-wajhihā — « Le jugement concernant la couverture du visage de la femme ».
-
Al-adillah ‘alā wujūb taghṭiyat al-mar’ah li-wajhihā — « Les preuves de l’obligation pour la femme de couvrir son visage ».
-
Man alladhī tajibu taghṭiyatu wajh al-mar’ah ‘anhu ? — « Devant qui la femme doit-elle couvrir son visage ? », également publié dans Majmū‘ Fatāwā wa Maqālāt Ash-Shaykh Ibn Bāz, 5/39.
Cheikh Muḥammad Ibn Ṣāliḥ Al-‘Uthaymīn رحمه الله
-
Risālat Al-Ḥijāb — épître consacrée au hijab et aux preuves relatives notamment à la couverture du visage.
Cheikh Muḥammad Nāṣir Ad-Dīn Al-Albānī رحمه الله
-
Jilbāb Al-Mar’ah Al-Muslimah fī Al-Kitāb wa As-Sunnah.
-
Enregistrement dans lequel Cheikh Al-Albānī explique que couvrir le visage est préférable et précise mettre cela en pratique auprès des femmes et des filles de sa famille autant que possible, non au titre de l’obligation mais de la recommandation.
Hadiths
-
Sunan Abī Dāwūd, hadith n°4104 — récit d’Asmā’ bint Abī Bakr رضي الله عنها. Abū Dāwūd signale lui-même l’interruption dans la chaîne entre Khālid ibn Durayk et ‘Ā’ishah رضي الله عنها ; le récit a par ailleurs été authentifié par Cheikh Al-Albānī.
-
Ṣaḥīḥ Al-Bukhārī, hadith n°1838 — interdiction du niqab et des gants pour la femme en état d’ihram.
Kommentar hinterlassen